Un bonnet d’Oxford pour imposer le sentiment d’appartenance ?

Il y a quelques années est apparue à l’Université de Liège une bien étrange mode que je me refuse de qualifier de « tradition » : le port d’une toge bicolore et d’un chapeau agrémenté d’un bien sympathique pompon…

 

Tout droit arrivé d’outre-Atlantique, cet usage ne me plaît guère et je ne l’ai pas caché sur les réseaux sociaux, cette année comme les précédentes.

Pour lui donner une certaine légitimité, certains font remonter la tradition… au moyen-âge.

Certes, Liège fut à travers les siècles une ville, une principauté de culture et d’enseignement (ecclésiastique soit dit en passant), mais son Université trouve ses bases dans la révolution, le Consulat français et finalement le Royaume des Pays-Bas.

 

Certains affirment que le port de cette toge et de ce bonnet communément appelé « Square academic cap » aux USA, permettrait de garder un lien avec l’Université, renforcerait le sentiment d’appartenance, etc.  Personnellement, j’ai toujours estimé que le sentiment d’appartenance se forgeait… Pour les défenseurs du bonnet US, il se crée, en une seule séance officielle de remise des diplômes…

 

Je regrette aussi que les couleurs des toges aient été choisies « un peu par hasard » : de fond noir, elles présentent une différence de liseré selon les facultés : bleu clair pour les psychologues, rouge (sang !) pour les médecins, bleu foncé pour les vétérinaires, jaune pour les Sciences humaines et sociales, etc.

Pourtant, les couleurs des facultés existent de longue date. Elles se sont diversifiées à la fin du 19siècle pour être arborées sur la penne, couvre-chef de tout étudiant avant que celui-ci soit, plus tard, réservé aux seuls baptisés. Plus tard, elles seront présentes sur la calotte des étudiants catholiques liégeois. C’est toujours le cas aujourd’hui…

 

De bonnet d’Oxford, il n’en a jamais été question dans l’histoire de notre Université. Quoique… Si, et cela me permet determiner ce pamphlet sur une note un peu plus légère.

 

Le 30 janvier 1877, la Commission Permanente qui regroupe les cercles facultaires de l’Université de Liège, adopte un nouveau couvre-chef en remplacement de la casquette universitaire. Le choix du chapska ou bonnet d’Oxford est confirmé définitivement le 6 février.

L’initiative reste cependant sans suite : l’Almanach des Etudiants de l’Université de Liège de 1879 reproduit l’ « éloge funèbre » de la coiffure et son frontispice représente des étudiants portant la casquette à courte visière ce qui atteste la popularité de ce couvre-chef.

 

Je reproduis ce texte ici.  L’histoire nous repassera-t-elle les plats ?

 

Dans ces réunions où la libre jeunesse,

Emet ses sentiments avec tant de sagesse,

J’entendis autrefois, hélas !  Moment fatal,

Aborder dans nos rangs le débat colossal,

Dont le grand résultat fut l’immenseenthousiasme

Qui de nos professeurs égaya le marasme.

La casquette bien sûr ne restait plus qu’auxgueux,

Les partis écrasés s’inclinaient touthonteux.

Et le seul couvre-chef désormais admissible,

Fut l’élégant chapska dont la formeimpossible

Le germanique effet et l’aspect imposant,

Le gland capricieux et le plateau mouvant,

Attiraient les regards de la foule étonnée.

Dis-moi, pauvre chapska, quelle méchante fée,

De ton règne si court précipita la fin ?

La Parque de tes jours a-t-elle tranché le lin ?

Dès lors il nous faut décision nouvelle,

Car, point d’étudiants sans coiffure officielle.

 

Michel Péters
 (17.09.2013)

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