Trente ans de renouveau du culte torê

Trente ans de renouveau du culte torê-bacchique

Par Michel Péters (Historien)
16 Mars 2012

L’événement fondateur de la création d’une fête estudiantine célébrant celui qui allait devenir le Saint-Patron des étudiants liégeois remonte à novembre 1947.

Ecœuré par le fanatisme anticlérical et le « minimalisme » folklorique de la Saint Verhaegen des étudiants de l’Université Libre de Bruxelles, André Fiévet, Président de la Commission Folklorique annexée à l’Association Générale, lança l’idée d’une fête estudiantine à l’Université de Liège où toutes les idées seraient respectées et où seul le folklore avait à gagner.

Il fallut attendre un peu moins de deux années pour voir cette festivité prendre son envol. Renouant avec l’usage du cavalcade-collecte de la mi-carême, le premier cortège de la Saint-Torê a lieu le 17 février 1949. Le char de l’association Générale ouvre fièrement le cortège orné du calicot « On collecte pour les œuvres de l’AG ».

De 1949 à 1966, la tradition est maintenue. Les cortèges se succèdent, adoptant au fil des années des thèmes généraux très divers quant à la décoration des chars : « La flicaille à travers les âges » (1956), « Le rôle social de la liquette » (1957),  « Spoutnik, pamplemousse et cie » (1958) « Le bourgeois, fléau social » (1959). En 1960, le Torê fut  intégralement peint en blanc et déguisé en vache, tandis que Djôzèf était travesti en fermière.

En 1966, comme l’affirme le Carabin, « la Saint Torai (sic) commença très belle, mais eut le malheur d’être vernie par certains « étudiants » qui ont une notion particulière du Folklore… Bris de vitrine… petits pillages… et pugilats ».  Ces actes, conjugués à une certaine perte de vitesse du folklore estudiantin, auront raison de la Saint-Torê, le Bourgmestre Destenay l’interdit en 1967.

Il fallut attendre dix-sept longues années pour assister à la renaissance du cortège traditionnel. En 1983, sous l’impulsion de l’Association Générale des Étudiants Liégeois, le cortège devient le point d’orgue de  fêtes de la Saint-Torê programmées sur quatre jours et organisées en étroite collaboration avec des patrons d’estaminets du Carré.

Au programme, visite d’une brasserie et soirée le lundi, cortège le mardi (voir photo) suivi d’un concours de la plus belle penne et du plus beau tablier, 4 heures de trottinettes et soirée le mercredi, foot et pétanque folkloriques le jeudi.

Certes, les thèmes ne réapparaissent pas, mais le programme très étoffé compense largement…

En prélude, le vendredi, le Cirque divers reçoit les students pour un cabaret chantant intitulé « De la guindaille considérée comme un des beaux-arts ».  « On y chanta trois heures durant » me confia un des participants…

Cette « formule » nouvelle se pérennisa alors que le nombre de participants grandissait… les renaissances successives de nombreux comités de baptême n’y sont pas innocentes.

Rapidement, un concours du plus grand mangeur de saucisses (ou du plus grand mangeur de potée…) prend place le lundi, à l’initiative du cb Droit. Le mardi deviendra le jour du concours du Rois des Rois et de la Reine des Reines…

Au vu du succès, la Chapelle du Vertbois ne pourra plus accueillir les festivités nocturnes… En 1990 et 1991, l’AGEL opte pour un chapiteau qui sera installé pendant deux ans au Longdoz, là où trône aujourd’hui la Médiacité… C’est aussi l’arrivée de la surveillance policière bienveillante de la « Brigade caniche » de la Police de Liège. La fanfare de Saint-Pholien trône sur le premier char du cortège, mais les bières y sont interdites…

Le refus d’implantation d’un chapiteau et surtout la volonté communale de réduire la fête à un jour, entraînent de vives réactions à l’AGEL.  La Saints Henri et Arthur remplacera la Saint-Torê 1992, le cortège « improvisé » se rendant à l’Hôtel de Ville.  Sous la pression de ne plus encadrer la Saint-Nicolas, l’AGEL obtient gain de cause, ses activités pourront reprendre sur quatre jours… ce qui n’empêchera pas, l’année suivante, une organisation décalée de deux semaines par rapport aux trottinettes…

Ces velléités de réduction chronologiques reviendront encore, en 2000 et plus récemment en 2008.  On se souviendra du succès de la pétition « Touche plus à mon folklore ».

Ces trente années de renouveau sont donc aussi trente années de conviction torêbacchique pour de nombreux étudiants qui ont toujours voulu sauvegarder cette fête exceptionnelle.

Cette année, pour la trentième fois consécutive, le cortège réunira de nombreux étudiants liégeois, mais aussi, comme c’est le cas depuis trois ans, de vénérables anciens dont des fondateurs de 1983.  Ne parle-t-on pas de l’éternelle jeunesse du folklore estudiantin ?

Michel Péters,
Historien de formation
Président d’honneur de l’Association Générale des Étudiants Liégeois.

 

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