Helvetia Vaudoise (1832)

L’Helvétia Vaudoise

 Texte de : Samir HAMMAMI (Ordre du Torè) pour le Vaillant
Samir habite pour le moment à Lausanne (NDLR)

Les racines sociétés d’étudiants suisse remontent elles aussi aux nationes du Moyen-Âge, où se regroupaient les étudiants issus d’une même région. Au cours du 19ème siècle, de nombreuses sociétés sont apparues en Suisse, souvent en parallèle avec les évolutions politiques qu’a connues la Confédération. La première de ces sociétés qui apparut à Lausanne est Belles-Lettres (1806) et elle est toujours active aujourd’hui (ses membres semblent même avoir des contacts assez réguliers avec les Frères Coquillards, si je ne me trompe pas).

En 1832, une autre société suisse (Zofingue) se scinde suite à des désaccords internes quant à son implication (ou surtout, son absence d’implication) en politique. Les membres quittant Zofingue fondèrent l’Helvétia. Les relations entre ces deux sociétés furent très mouvementées (fusion, nouvelle scission, etc.). Maintenant, l’Helvétia est bien séparée de Zofingue (mais leurs membres se parlent quand même quand ils se voient) et est présente dans de nombreuses villes (Lausanne, Genève, Berne, Bâle et Zürich). L’Helvétia est organisée en sections, qui sont gérées de façon autonomes au niveau local.

La section vaudoise de l’Helvétia organise ses réunions (stamms) à Lausanne, dans le restaurant appelé Le Vieux Lausanne. Ou plutôt devrais-je dire, elle organise ses réunions dans son bâtiment (la Maison H !) dont elle loue une partie au restaurant. Ces réunions, hebdomadaires, se déroulent au su et au vu de tous (les clients consomment à quelques mètres) et tout un chacun, s’il vient dans un bon esprit et respecte les règles de la table de bière, est invité à se joindre et à discuter avec les Helvétiens. Bien qu’étant une société exclusivement masculine, les femmes peuvent également assister à ces réunions.

Les règles évoquées ci-dessus sont définies par le Comment. Les plus anciens exemplaires de Comment connus datent du 18ème siècle et proviennent d’Allemagne. Déjà à l’époque, ils faisaient la distinction entre le Fux et le Bursch (distinction qui correspond plus ou moins aux « Blues » et au reste des membres de l’Ordre). Le mot « Fux » est également utilisé dans certaines Guildes et Ordres de Belgique. L’origine de ce mot est assez débattue, mais il pourrait provenir du mot latin faex, qui signifie la lie, la bourbe, le résidu. Cette définition se rapproche assez de l’esprit helvétien en ce qui concerne les Füxe : « Les Füxe sont les restants de la colère de Dieu. Les traiter de sales Füxe est un doux euphémisme. Ils sont traditionnellement tellement nuls que la tradition a renoncé à trouver des qualificatifs assez péjoratifs pour les qualifier » (art. 127 du Comment Helvétien).

Le Comment contient également une partie appelée Biercomment. C’est cette importante section (14 pages sur les 20 du Comment) qui va régler la façon de boire à table. A sa lecture, on remarque que certaines idées et concepts sont très proches des nôtres, alors que d’autres sont originaux. Ainsi, la bière est considérée comme noble (art. 41). De plus, nul ne peut quitter la table sans demander un tempus (art 52 et s.). Une dérogation est toutefois prévue : « Si un frère de couleur sent que le bière (sic) qu’il a mise à l’abri dans son estomac hospitalier se livre à la contestation, voire, ô ingratitude, à la rébellion ouverte, il est impérativement dispensé de toute formalité pour s’annoncer partant » (art. 57).

En revanche, le Biercomment n’autorise pas que l’on boive seul. Aussi, de nombreuses dispositions ont été prévues pour mettre aux Helvétiens de boire fréquemment. On peut ainsi citer :

–        La Stafette (vous aurez compris de quoi il retourne).

–        Le Vor et le Nach : une personne pourra boire Vor (= avant) une autre personne qu’elle aura désignée. Cette personne pourra au choix boire Nach (= après), Mit (= en même temps) ou pourra décider de lui renvoyer la balle par un Kreuz vor. Dans ce dernier cas, l’initiateur aura alors la possibilité de mettre fin à l’échange en buvant Kreuz nach, ou de le poursuivre en buvant Zum zweiten mal Kreuz vor. Ceci se poursuivra plus ou moins longtemps, en fonction de la motivation des participants. Généralement, ces échanges se font avec une simple gorgée de bière (Schluck) à chaque fois.

–        Le Helvetia Vor : « Un bourgeois saisit son verre, se tourne vers son voisin, crie ‘Helvetia Vor’ et boit un quantum correspondant à l’amour qu’il porte à sa société. Le voisin se tourne vers son autre voisin, crie ‘Nach Vor’ et boit, etc. L’Helvetia Vor doit faire le tour de la table en un éclair. » (art. 79). Il existe également des dérivés de ce genre d’exercice (Blitz Quart Vor, Halb in die Welt vor, etc.).

Et enfin, dernière notable pratique de la table de bière : le Bierskandal. En Belgique, en cas d’affront, on décidera peut-être de le laver par un afond. Ici, l’idée est la même, mais sa pratique est très codifiée. Une personne A pourra appeler une personne B Bierjung, ce qui conduira à un afond d’une chope (le Biercomment permet de monter jusqu’à 12 chopes par personne). Afin de régler l’affaire, B demandera à un tiers d’être l’arbitre (Grand Impartial) du duel. Les 3 personnes se mettent à l’écart, et après avoir expliqué les motifs de l’affront et pratiqué une petite cérémonie dont je vous passe les détails car elle varie d’un Grand Impartial à l’autre, les deux camarades devront vider leur chope d’un trait et répondre à une question posée préalablement par le Grand Impartial (potentiellement, une question qui n’a rien à voir, par exemple : la date de la bataille de Waterloo, les noms des 7 nains, le vrai nom de Johnny Halliday, etc.). En fonction des résultats bibitifs et intellectuels, le Grand Impartial désignera le deuxième et le premier vainqueurs. L’affront a été lavé, les deux camarades sont redevenus amis et peuvent rejoindre la table de bière comme si de rien n’était.

Il faut toutefois noter que ces réunions hebdomadaires ne sont pas les seules activités de l’Helvétia vaudoise. Ainsi, en décembre, une intersociétaire a été organisée, à l’étage du restaurant cette fois. Il s’agissait en fait d’un gros stamm (gratuit ^^) où se sont retrouvés plusieurs sociétés (Belles-Lettres, Valdésia, Germania, Lémania, etc.). De plus, chaque année, l’Helvétia vaudoise présente une revue théâtrale (similaire à la Revue de la Gé) appelée « Prologue ».

t pour terminer, j’évoquerai la salamandre, qui diffère de celle que nous connaissons. Pour ce faire, je reprendrai les mots utilisés par un Helvétien dans la rédaction de son ouvrage sur « L’histoire des sociétés d’étudiants à Lausanne » (pp 84 et 85) :

« Il existe deux sortes de Salamandre : l’Ehrensalamander, sorte de ban battu en l’honneur d’un membre qui s’est distingué ou d’un invité de marque, et la Trauersalamander (ou Totensalamander), ban battu en l’honneur d’un membre défunt. Assez rare de part et d’autre du Rhin, mais encore vivace à l’Helvétia (…), la « Salamandre des morts » a, dès la fin du XIXème siècle, pris le pas sur la première forme, pratiquée, de temps à autre encore de nos jours, notamment par la Germania.

Rite parmi les plus impressionnants, il se déroule dans un local éteint, éclairé par les seules flammes sortant de récipients emplis de sel et d’alcool. Tandis que le président prononce quelques paroles latines, les participants boivent leur chope puis la frottent sur la table, alors que le président, à son tour, vide la sienne, et, ensuite, la brise sur le sol. Alors l’assemblée, dans la Tauersalamander, entonne un chant de circonstance. »

D’ici quelques semaines j’espère pouvoir vous parler d’une autre tradition qui pourra vous sembler étonnante : le duel armé !

Blason de l’Helvétia

Zirkel de l’Helvétia

 

Sources :

Meuwly, O., (1987), Histoire des sociétés d’étudiants à Lausanne, Université de Lausanne.

Section vaudoise de la Société suisse d’étudiants Helvétia, (2010), Codex Iuris Helvetiae, Lausanne.

http://www.helvetia1832.org/Site/

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