{"id":657,"date":"2014-04-24T07:06:15","date_gmt":"2014-04-24T07:06:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.philon.be\/?p=657"},"modified":"2026-08-24T09:57:53","modified_gmt":"2026-08-24T09:57:53","slug":"150-ans-de-rite-initiatique-estudiantin-a-liege-m-peters","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.philon.be\/?p=657","title":{"rendered":"150 ans de rite initiatique estudiantin \u00e0\u00a0 Li\u00e8ge &#8211; M. P\u00e9ters"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><b><span style=\"text-decoration: underline;\">150 ans de rite initiatique estudiantin \u00e0\u00a0 Li\u00e8ge<\/span><\/b><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/www.facebook.com\/notes\/michel-p%C3%A9ters\/150-ans-de-rite-initiatique-estudiantin-%C3%A0-li%C3%A8ge\/10151636673652041\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme chaque ann\u00e9e, les premi\u00c3\u00a8res semaines de la rentr\u00e9e universitaire sont l&rsquo;occasion de critiques des organisations folkloriques estudiantines. L&rsquo;accident de Fanny, \u00e9tudiante en Facult\u00e9 de M\u00e9decine V\u00e9t\u00e9rinaire \u00e0 l&rsquo;ULg a ouvert la salve des affirmations diffamatoires annuelles. Entre qualificatifs douteux (Nazillons !) et n\u00e9gation de l&rsquo;existence de certaines d\u00e9rives, il semble opportun de rem\u00e9morer quelques notions\u00e2\u20ac\u00a6 en actualisant un article que d&rsquo;aucuns auront d\u00e9j\u00e0 pu lire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-on dater avec pr\u00e9cision les pratiques baptismales li\u00e9geoises? Cela n&rsquo;est pas ais\u00e9. La casquette estudiantine appara\u00c3\u00aet vers 1860 et sa popularisation est plus tardive encore. On ne peut affirmer que le bapt\u00e8me soit contemporain de cette naissance car on ne poss\u00c3\u00a8de aucun document pr\u00e9cis. Gustave Rahlenbeck, dans ses \u00c2\u00abHistoires Estudiantines\u00c2\u00bb \u00e9crites durant l&rsquo;ann\u00e9e acad\u00e9mique 1885-1886, tout en pr\u00e9cisant que cette tradition ancienne n&rsquo;est plus pratiqu\u00e9e que par quelques rares incorruptibles, d\u00e9crit la c\u00e9r\u00e9monie du bapt\u00e8me des casquettes. C&rsquo;est donc depuis environ 150 ann\u00e9es que la tradition baptismale se forge \u00e0 Li\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le folklore est un fait social. Il y a, en effet, folklore, d\u00c3\u00a8s qu&rsquo;un groupe social \u201d peu importe sa taille \u201d ne partage pas toute la culture dominante (qu&rsquo;il veuille ou ne puisse le faire) et secr\u00c3\u00a8te ou continue une autre culture dont la fonction est de traduire l&rsquo;identit\u00e9 du groupe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce sens, le folklore estudiantin est remarquable: les \u00e9tudiants constituent un groupe social qui, bien que participant \u00e0 la culture dominante, a ressenti le besoin de se cr\u00e9er une culture propre, avec des croyances, des rituels, des narrations, de la musique, des costumes particuliers, etc., et dont la fonction est de lui assurer une identit\u00e9, ainsi que de lui permettre tout un jeu de diff\u00e9renciations \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle locale. Ces diff\u00e9rences soigneusement entretenues dans le secret des comit\u00e9s ne sont certainement pas ind\u00e9pendantes de la curiosit\u00e9 nocive dont est victime la tradition baptismale\u00e2\u20ac\u00a6<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout groupe social vivant dans un univers clos cherche \u00e0 rendre la vie communautaire plus supportable en s&rsquo;en affranchissant occasionnellement et symboliquement. La guindaille est cette \u00ab\u00a0soupape de s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb dans le monde estudiantin. Elle est une moquerie collective qui bloque momentan\u00e9ment le fonctionnement du syst\u00e8me p\u00e9dagogique et de l&rsquo;ordre social. Elle r\u00e9ussit un instant \u00e0 d\u00e9sacraliser l&rsquo;ordre \u00e9tabli symbolis\u00e9 par le recteur, le professeur, le bourgeois ou l&rsquo;autorit\u00e9 en les ramenant au niveau de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paradoxalement, le rituel ludique de la guindaille est une mani\u00e8re d&rsquo;int\u00e9gration et de r\u00e9affirmation de l&rsquo;ordre social car il est momentan\u00e9. Une fois termin\u00e9, tout rentre dans l&rsquo;ordre. Le folklore \u00e9tudiant tient d\u00e9s lors plus de l&rsquo;int\u00e9gration que de la subversion puisque quand la f\u00e8te est finie tout recommence \u00c2\u00abcomme avant\u00c2\u00bb; on engrange pour plus tard des souvenirs \u00e9piques qui seront ressass\u00e9s, racont\u00e9s, am\u00e9lior\u00e9s, pr\u00e8ts \u00e0 ressortir lors d&rsquo;une soir\u00e9e d&rsquo;anciens ou d&rsquo;un souper d&rsquo;amis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les rituels estudiantins, le bapt\u00e8me universitaire est difficilement explicable par les seules n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;existence mat\u00e9rielle ou celles de l&rsquo;adaptation de l&rsquo;homme \u00e0 son milieu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le n\u00e9ophyte universitaire d\u00e9bute son existence folklorique par une c\u00e9r\u00e9monie qui s&rsquo;est fortement enrichie au fil des d\u00e9cennies. Le nom de la c\u00e9l\u00e9bration couvre toute une s\u00e9rie d&rsquo;activit\u00e9s qui s&rsquo;\u00e9tendent sur une p\u00e9riode de plusieurs semaines. Pendant ce temps, le bleu est accueilli, parrain\u00e9, initi\u00e9 aux chansons, mais aussi \u00e0 la boisson et au respect des anciens. Toutes ces \u00e9preuves ont pour but sa formation folklorique et sa progressive int\u00e9gration dans le groupe et, au-del\u00e2 de celui-ci, dans la collectivit\u00e9 universitaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutes les d\u00e9finitions concourent \u00e0 affirmer que l&rsquo;initiation est toujours un processus destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser psychologiquement le passage de l&rsquo;\u00e8tre d&rsquo;un \u00e9tat, r\u00e9put\u00e9 inf\u00e9rieur, \u00e0 un \u00e9tat sup\u00e9rieur. Un c\u00e9r\u00e9monial initiatique accompagne l&rsquo;admission des individus d&rsquo;un groupe \u00e0 un autre. Les ethnologues s&rsquo;entendent pour dire qu&rsquo;il comprend des rites de s\u00e9paration, de marge et d&rsquo;agr\u00e9gation. Les premiers arrachent le futur initi\u00e9 \u00e0 son monde pour l&rsquo;introduire dans le nouvel univers ; les rites de marge, de dur\u00e9es variables, comprennent tout un ensemble de brimades ; enfin, les rites d&rsquo;agr\u00e9gation visent \u00e0 la resocialisation de l&rsquo;individu et \u00e0 la r\u00e9int\u00e9gration du nouvel \u00e8tre dans la soci\u00e9t\u00e9 avec son statut d\u00e9finitif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces composantes essentielles du rite d&rsquo;initiation sont pr\u00e9sentes dans le bapt\u00e8me universitaire:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>pour l&rsquo;\u00e9tudiant, les rites de s\u00e9paration sont loin d&rsquo;\u00e8tre symboliques: attitude volontairement irrespectueuse ou moqueuse des anciens ; utilisation du terme g\u00e9n\u00e9rique \u00abbleu\u00bb, position d\u00e9f\u00e9rente du \u00abgueule en terre\u00bb sont des marques \u00e9videntes de la volont\u00e9 d&rsquo;arracher le bleu \u00e0 son ancien milieu pour le projeter dans un nouveau monde qu&rsquo;il doit d\u00e9couvrir. Par le pass\u00e9, le bleu \u00e9tait affubl\u00e9 d&rsquo;un surnom bien peu sympathique.<\/li>\n\n\n\n<li>les rites de marge sont les plus nombreux et les plus visibles et les plus critiqu\u00e9s par le profane. Les \u00e9preuves impos\u00e9es au bleu sont diverses et multiples. Elles connaissent une \u00e9volution parall\u00e8le \u00e0 celle des moeurs et mentalit\u00e9s; c&rsquo;est une p\u00e9riode d&rsquo;\u00abinitiation\u00bb qui fait passer le bleu de l&rsquo;autorit\u00e9 parentale \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 des baptis\u00e9s.<\/li>\n\n\n\n<li>A c\u00f4t\u00e9 de ces \u00e9preuves, il y a une resocialisation du bleu dont le caract\u00e8re d&rsquo;instruction (chants, histoire du folklore, etc.), de transmission des connaissances (coutumes) et d&rsquo;\u00e9ducation morale (contr\u00c3\u00b4le de soi, fraternit\u00e9 entre les candidats qui vivent ensemble les m\u00e8mes \u00e9preuves) est ind\u00e9niable.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le nouvel \u00e9tudiant est r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00abun peu moins beau physiquement, un peu plus beau moralement\u00bb. Les rites d&rsquo;agr\u00e9gation, certes moins perceptibles hors du monde estudiantin, sont les plus importants aux yeux des baptiseurs. Ils ont pour but d&rsquo;assurer la conservation des coutumes ancestrales et de v\u00e9hiculer les traditions folkloriques g\u00e9n\u00e9rales et propres au groupe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">In fine, l&rsquo;agr\u00e9ation aboutit \u00e0 l&rsquo;octroi du dipl\u00f4me de bapt\u00e8me et au droit de porter une penne, l&rsquo;ex-bleu participe alors, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal des anciens, \u00e0 la guindaille et au folklore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9volution des \u00e9preuves impos\u00e9es aux n\u00e9ophytes comme rites de marge atteste que le folklore estudiantin ne vit pas ind\u00e9pendamment de la soci\u00e9t\u00e9, mais change avec elle et les individus qui la composent. La relation d&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9 entre le tout symbolique bapt\u00e8me de la casquette que l&rsquo;on remplit de bi\u00e8re \u00e0 la fin du 19e si\u00c3\u00a8cle, et le bain de sang qui termine la c\u00e9r\u00e9monie initiatique ces derni\u00c3\u00a8res ann\u00e9es, est \u00e9vidente. Le rite actuel s&rsquo;est form\u00e9 au cours des d\u00e9cennies par une addition successive d&rsquo;\u00e9preuves et l&rsquo;abandon d&rsquo;autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre \u00e9l\u00e9ment essentiel est le fait que le folklore initiatique estudiantin se vit dans sa ville et se forge donc une identit\u00e9 particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois arrach\u00e9 \u00e0 son milieu, l&rsquo;\u00e9tudiant est instruit, initi\u00e9 aux \u00ab myst\u00e8res \u00bb de sa nouvelle soci\u00e9t\u00e9. Les le\u00e7ons de chants et autres rallye-caf\u00e9s durant lesquels le bleu se familiarise avec les pratiques courantes de ses a\u00een\u00e9s tiennent d&rsquo;une volont\u00e9 de resocialisation et d&rsquo;int\u00e9gration ind\u00e9niable. Il n&rsquo;en \u00e9tait pas diff\u00e9remment au 19e si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd&rsquo;hui comme hier, n&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 certains qui p\u00e8chent par m\u00e9connaissance, le bapt\u00e8me universitaire est un rite d&rsquo;initiation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Michel P\u00e9ters<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Historien de formation<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pr\u00e9sident d&rsquo;Honneur de l&rsquo;Association G\u00e9n\u00e9rale des Etudiants Li\u00e9geois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>150 ans de rite initiatique estudiantin \u00e0\u00a0 Li\u00e8ge &nbsp; &nbsp; &nbsp; Comme chaque ann\u00e9e, les premi\u00c3\u00a8res semaines de la rentr\u00e9e universitaire sont l&rsquo;occasion de critiques des organisations folkloriques estudiantines. 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